La disparition des terres agricoles
- Terre agricole et Peau de chagrin
- Tout ce qui est rare est cher.
- L'avenir d'une agriculture sans terre : le cauchemar danois
- La ville grignote la campagne : une réalité plus complexe
- Les solutions passent par un changement de regard
- Les SAFER, un levier à parfaire.
- Terre de liens, faire de la terre agricole un bien commun.
- Préserver les terres agricoles par la loi
Pour avoir une agriculture locale, il faut des terres à cultiver. Cette évidence recèle peut-être le plus grand problème de notre agriculture aujourd'hui : la disparition des terres agricoles. Ce problème est présent partout mais particulièrement criant en France. Pendant des siècles, "Labourage et pâturage ont été (attention liaison dangereuse) les deux mamelles de la France" comme le répétait Sully, le ministre d'Henri IV. Il se pourrait bien qu'au XXIe siècle, goudronnage et bétonnage les remplacent mais que ces deux mamelles soient beaucoup moins nourricières.
Terre agricole et Peau de chagrin

Depuis 2005, la France perd chaque année environ 80 000 hectares de terres agricoles. Le dessin ci-contre donne quelques équivalences pour prendre conscience de ce chiffre alarmant : 25m² toutes les secondes, 1 stade de foot toutes les 5 minutes ou un département (comme le Puy-de-Dôme ou l'Allier) tous les 7 ans.
De 2005 à 2019, c'est donc la surface de 2 départements qui a disparu : c'était de la terre agricole, ce n'en est plus et c'est devenu le plus souvent de l'espace artificialisé. La SAU, surface agricole utile, française, a régressé de 20% entre 1960 et 2010, soit 1/5e de sa superficie.
Le problème est que ces hectares de terres agricoles perdus sont construits, bétonnés, goudronnés et ne pourront donc plus redevenir des terres agricoles. Cette perte quasi définitive entraine une raréfaction des terres cultivables et la terre laissée à l'agriculture se réduit donc comme une peau de chagrin.
De plus ce ne sont pas n'importe quelles terres agricoles qui disparaissent, ce sont les meilleures. En effet, c'est en périphérie urbaine que les terres agricoles disparaissent le plus dévorées par la ville. Or il se trouve que les grandes villes françaises se sont développées anciennement au temps d'une société agricole et donc dans les endroits où les terres étaient les meilleures. Conséquence : les terres qui disparaissent sont celles qui ont fait la fortune agricole de notre pays et qui seraient le mieux à même de nourrir les populations.
Tout ce qui est rare est cher.

La France qui a longtemps bénéficié d'un espace agricole important s'engage ainsi sur la voie que nos voisins des Pays-Bas ou de Belgique ont suivi depuis longtemps et qui les amenés à des situations foncières désastreuses. On connait la lutte séculaire des Pays-Bas pour créer du sol en asséchant des marais et en construisant des polders. Pourtant, ce sol si chèrement gagné a été repris à l'agriculture. 13% de la surface des Pays-Bas est bâtie quand ce n'est que 5% de la surface française. Plus grave encore, presque 40% des terres hollandaises servent à autre chose qu'aux espaces naturels ou agricoles et sont artificialisés. En France, ce n'est que 12% du territoire qui n'est pour l'instant ni agricole ni naturel.
La conséquence pour nos voisins du Nord est que les agriculteurs ne peuvent plus accéder à la terre devenue inexistante ou trop chère. Le graphique ci-contre montre les prix moyens des terres agricoles pour quelques pays européens. Aux Pays-Bas, la pression sur la terre a entrainé une augmentation spectaculaire des prix : la terre a doublé en 20 ans pour atteindre 50 000 euros l'hectare en moyenne. Les prix belges se situent au même niveau et l'augmentation est partout très forte. En France, elle est la plus faible et l'hectare de terre agricole est un des moins chers d'Europe. Un hectare de terre agricole en France s'achète en moyenne aux alentours de 7000€ soit plus de 7 fois moins cher qu'aux Pays-Bas ou en Belgique, et encore cela dépend des régions et des départements.
L'avenir d'une agriculture sans terre : le cauchemar danois


Ce manque de terres entrainant une explosion des prix du foncier est un chemin où le Danemark a été précurseur. Jusqu'en 2008, le prix de l'hectare agricole danois connait une croissance explosive allant jusqu'à doubler par exemple en 4 ans entre 2004 et 2008. Mais en 2008, la courbe s'inverse et le graphique montre un effondrement rapide du foncier à partir de 2008. Comment expliquer cet effondrement qui pourrait être l'avenir des autres pays où la terre disparait et où son prix s'envole ?
Prix du foncier et fermes-usines.
Cet effondrement s'explique par un effondrement plus global du modèle agricole danois qui est celui que beaucoup de pays choisissent devant la raréfaction des terres. Les terres étant rares et chères, les agriculteurs danois ont essayé de compenser ce prix par des modèles d'agriculture hors-sol : si la terre est chère, il faut que je produise beaucoup de valeur sur peu d'espace. En agriculture et en élevage, bovin mais surtout porcin, cela a entrainé le développement des fermes-usines plus rapidement qu'ailleurs en Europe. Ainsi, en 20 ans, entre 1987 et 2007, le nombre de porcs par élevage a été multiplié par 8 passant de 245 à 1903 en moyenne et, dans les élevages naisseurs, le nombre de truies a décuplé passant de 40 à 400 truies. Cela a entrainé une concentration de l'élevage porcin dans les grandes fermes-usines : 70% des truies du pays en 2007 étaient élevées dans des fermes de plus de 500 truies. Par comparaison, en France, une seule ferme industrielle "la maternité porcine Ker Anna de Trébrivan" en Bretagne correspond à une exploitation porcine classique danoise : une stabulation de 1000 truies produisant 23000 porcelets annuels. Les deux photographies montrent un élevage de porc et un élevage naisseur de truies pour les porcelets. Ces bâtiments sont leurs lieux de vie (voir l'article sur l'exemple breton).
Une pseudo-solution problématique
Ces fermes-usines concentrant beaucoup d'animaux pour produire beaucoup de valeur sur un espace restreint ont donc été la réponse danoise au problème de raréfaction des terres. Cela s'est fait grâce à de gros investissements pour construire des bâtiments, automatiser de nombreuses tâches, tout cela permis par de gros emprunts bancaires. Toutes les exploitations qui n'ont pu ou voulu se lancer dans cette course au gigantisme ont disparu, concurrencées par le porc à moindre coût de ces fermes-usines. Ainsi sur la période 1987-2007, 4 fermes d'engraissement sur 5 ont fermé et 7 fermes naisseuses sur 8. Cette concentration n'a laissé que les plus grandes exploitations, celles qui causent les principaux problèmes d'environnement, de qualité, de santé et de bien-être animal déjà dénoncés dans l'exemple français de la ferme des 1000 vaches ou dans le cas de l'élevage porcin breton. Rappelons aussi qu'en terme d'occupation des terres, ces fermes-usines ne sont qu'un mensonge : la production de nourriture pour ces élevages est dévoreuse d'espaces agricoles mais cela se fait ailleurs, dans les pays du sud sous forme de production de protéagineux entrainant la faim dans ces pays. Enfin, le dernier problème d'espace pour ces élevages est lié aux lisiers. L'épandage est réglementé et on ne peut épandre autant de lisiers que l'on veut sans causer des problèmes de pollution des eaux et d'algues vertes comme dans le cas breton. La solution danoise est d'utiliser ces lisiers dans des méthaniseurs mais ceux-ci nécessitent en même temps des matériaux ligneux pour transformer les lisiers, matériaux ligneux qui viennent souvent à manquer devant la masse d'excréments à traiter.
Fermes-usines et bulle foncière.
Voyons maintenant comment ce modèle productiviste hors-sol s'est effondré entrainant la chute du prix du foncier agricole. Les causes sont multiples mais toutes liées à la finance dans laquelle cette agriculture productiviste est enracinée. Tout d'abord, les exploitations sont très endettées puisqu'elles ont emprunté pour s'agrandir et "se moderniser". Dans le cas danois cela s'est beaucoup fait par des emprunts hypothécaires, les banques étant ravies de garantir leurs prêts sur une terre dont le prix augmente. Autre solution : pour acheter des terres et s'étendre, les exploitations agricoles ont trouvé des partenaires financiers (banques, fonds d'investissement) qui se sont associés dans l'entreprise agricole qui n'a plus rien de familiale. Parfois même ce sont les investisseurs qui ont monté l'exploitation agricole en s'appuyant sur un groupe d'agriculteurs. Cet appétit de terres des agents financiers vient du fait que l'augmentation du prix des terres en fait un placement financier qui rapporte. On aboutit donc à une bulle foncière que montre bien l'augmentation du prix sur le graphique ci-dessus : elle est due à la raréfaction des terres mais aussi au modèle de la ferme-usine.
La bulle, le réel et la terre.
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