« Il y a deux mois, un garçon de 7 ans m’a dit que j’étais inutile. »
C’est ainsi que mon dernier jour comme institutrice a commencé.
Il ne l’a pas dit méchamment, juste avec cette sincérité brute des enfants qui répètent ce qu’ils entendent à la maison :
— « Elle ne sait même pas faire de vidéos sur TikTok. Ma mère dit que les vieux profs devraient partir à la retraite. »
J’ai souri. Mais au fond, ça m’a brisé un peu.
Pendant 36 ans, j’ai enseigné aux plus petits, aux CP.
Et il y a deux mois, j’ai fermé ma classe pour la dernière fois.
Quand j’ai commencé, à la fin des années 80, enseigner était une vocation.
Les familles nous faisaient confiance.
Les parents apportaient des gâteaux faits maison, les enfants dessinaient des cœurs maladroits avec un « Maîtresse, je t’aime ».
Et quand un élève lisait sa première phrase à voix haute, aucune paie ne pouvait égaler cette joie-là.
Puis les choses ont changé. Lentement.
Année après année.
Moins de respect. Plus de solitude.
Moins de sourires, plus de formulaires à remplir.
Des journées passées devant des plateformes en ligne plutôt qu’avec mes élèves.
Je me suis fait filmer en cachette, critiquer sans qu’on demande jamais mon avis.
J’ai vu des enfants arriver fatigués, usés par les écrans.
Certains ne savaient même pas dire « merci ».
Et on attendait de nous que l’on répare tout… en six heures de classe.
Mais malgré tout, je suis restée.
Pour ces moments qui m’ont sauvée :
Une petite voix qui me chuchote : « Avec vous, je me sens en sécurité. »
Un mot laissé sur mon bureau : « Merci maîtresse, vous êtes comme une mamie pour moi. »
Un enfant timide qui, après des semaines de silence, m’a dit enfin : « Je l’ai lu… »
Ces instants-là valaient toutes les blessures.
Mais cette dernière année… elle m’a brisée.
Des menaces, des chaises lancées, un climat de tension permanent.
Un psychologue scolaire parti en plein automne.
Des collègues remplacés puis disparus avant novembre.
Et toujours ce sentiment de n’être plus qu’un pion dans un système fatigué.
Alors, il y a deux mois, j’ai rangé mes affaires.
J’ai décroché les dessins effacés par le temps.
Retrouvé de vieux mots d’élèves :
« Merci maîtresse, parce que tu m’aimais même quand j’étais insupportable. »
Ce jour-là, je suis partie sans fête, sans discours.
Juste une poignée de main distraite d’un supérieur, les yeux rivés sur son téléphone.
J’ai laissé ma chaise à bascule, mes autocollants, mes décorations de classe…
Mais j’ai emporté ce qui ne me quittera jamais :
les regards d’enfants pour qui j’ai été un refuge.
Peut-être que demain j’irai aider à la bibliothèque.
Peut-être que j’apprendrai à faire du pain.
Ou peut-être que je resterai simplement sur mon porche, un thé à la main, à me souvenir d’un monde plus doux.
Car oui, l’enseignement me manque.
Quand c’était encore une alliance, et non une guerre.
Quand les parents et les professeurs formaient une équipe.
Quand éduquer voulait dire grandir ensemble.
Si tu es professeur, tu sais :
On ne l’a jamais fait pour les vacances d’été.
On l’a fait pour un sourire timide, pour une chaussure enfin attachée, pour une phrase enfin lue.
On l’a fait par amour.
Alors, si tu croises une enseignante — hier, aujourd’hui, demain — remercie-la.
Pas avec une pomme ni une tasse…
Mais avec du respect.
Parce que dans un monde qui oublie trop vite, eux n’ont jamais oublié un seul enfant.
⸻ FB

https://x.com/KateriSeraphina/status/1962841107215061264
« Il y a deux mois, un garçon de 7 ans m’a dit que j’étais inutile. » C’est ainsi que mon dernier jour comme institutrice a commencé. Il ne l’a pas dit méchamment, juste avec cette sincérité brute des enfants qui répètent ce qu’ils entendent à la maison : — « Elle ne sait même pas faire de vidéos sur TikTok. Ma mère dit que les vieux profs devraient partir à la retraite. » J’ai souri. Mais au fond, ça m’a brisé un peu. Pendant 36 ans, j’ai enseigné aux plus petits, aux CP. Et il y a deux mois, j’ai fermé ma classe pour la dernière fois. Quand j’ai commencé, à la fin des années 80, enseigner était une vocation. Les familles nous faisaient confiance. Les parents apportaient des gâteaux faits maison, les enfants dessinaient des cœurs maladroits avec un « Maîtresse, je t’aime ». Et quand un élève lisait sa première phrase à voix haute, aucune paie ne pouvait égaler cette joie-là. Puis les choses ont changé. Lentement. Année après année. Moins de respect. Plus de solitude. Moins de sourires, plus de formulaires à remplir. Des journées passées devant des plateformes en ligne plutôt qu’avec mes élèves. Je me suis fait filmer en cachette, critiquer sans qu’on demande jamais mon avis. J’ai vu des enfants arriver fatigués, usés par les écrans. Certains ne savaient même pas dire « merci ». Et on attendait de nous que l’on répare tout… en six heures de classe. Mais malgré tout, je suis restée. Pour ces moments qui m’ont sauvée : Une petite voix qui me chuchote : « Avec vous, je me sens en sécurité. » Un mot laissé sur mon bureau : « Merci maîtresse, vous êtes comme une mamie pour moi. » Un enfant timide qui, après des semaines de silence, m’a dit enfin : « Je l’ai lu… » Ces instants-là valaient toutes les blessures. Mais cette dernière année… elle m’a brisée. Des menaces, des chaises lancées, un climat de tension permanent. Un psychologue scolaire parti en plein automne. Des collègues remplacés puis disparus avant novembre. Et toujours ce sentiment de n’être plus qu’un pion dans un système fatigué. Alors, il y a deux mois, j’ai rangé mes affaires. J’ai décroché les dessins effacés par le temps. Retrouvé de vieux mots d’élèves : « Merci maîtresse, parce que tu m’aimais même quand j’étais insupportable. » Ce jour-là, je suis partie sans fête, sans discours. Juste une poignée de main distraite d’un supérieur, les yeux rivés sur son téléphone. J’ai laissé ma chaise à bascule, mes autocollants, mes décorations de classe… Mais j’ai emporté ce qui ne me quittera jamais : les regards d’enfants pour qui j’ai été un refuge. Peut-être que demain j’irai aider à la bibliothèque. Peut-être que j’apprendrai à faire du pain. Ou peut-être que je resterai simplement sur mon porche, un thé à la main, à me souvenir d’un monde plus doux. Car oui, l’enseignement me manque. Quand c’était encore une alliance, et non une guerre. Quand les parents et les professeurs formaient une équipe. Quand éduquer voulait dire grandir ensemble. Si tu es professeur, tu sais : On ne l’a jamais fait pour les vacances d’été. On l’a fait pour un sourire timide, pour une chaussure enfin attachée, pour une phrase enfin lue. On l’a fait par amour. Alors, si tu croises une enseignante — hier, aujourd’hui, demain — remercie-la. Pas avec une pomme ni une tasse… Mais avec du respect. Parce que dans un monde qui oublie trop vite, eux n’ont jamais oublié un seul enfant. ⸻ FB https://x.com/KateriSeraphina/status/1962841107215061264
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