. Enfants déséduqués : anatomie d’un déracinement programmé
Comprendre les troubles scolaires comme expressions d’une désorientation ontologique, non comme dysfonctionnements individuels.
Je constate qu’aujourd’hui, toute souffrance vécue par un enfant ou un adolescent dans le cadre scolaire est immédiatement interprétée comme un dysfonctionnement. Un enfant qui ne tient pas en place devient « hyperactif », un adolescent qui s’ennuie profondément est dit « démotivé » ou « en phobie scolaire », et un jeune qui conteste l’absurdité ou le non-sens de ce qu’on lui enseigne est suspecté de trouble oppositionnel. Or, on ne voit pas (ou on refuse de voir) que bien souvent, ces malaises sont des appels au sens, au lien (et à l’enracinement). L’école, fidèle au dogme qui impose l’effacement de ces dimensions, a délibérément abandonné sa vocation de transmission vivante pour devenir une fabrique d’oubli — pour reprendre et détourner ici l’expression de Jean-Paul Brighelli dans son livre La fabrique du crétin.
L’école déconstruit désormais activement ce que de nombreuses familles cherchent à transmettre. Dès la maternelle, on installe les enfants dans un univers idéologique où les repères familiaux, culturels et spirituels sont discrédités. On leur apprend ainsi à avoir honte de leur histoire, à se méfier de leur héritage, à questionner l’autorité parentale sous couvert d’« esprit critique », faisant de l’école un lieu de rupture avec la parole des parents, les appartenances locales et les valeurs fondatrices.
En contredisant le travail des familles, en inversant les repères moraux, en bouleversant les identités sexuées, en dépréciant la verticalité de l’autorité, en remplaçant les vérités incarnées par des opinions interchangeables, l’école est devenue un lieu de subversion. Les programmes inoculent dans l’esprit des plus jeunes une confusion profonde : ce que leurs parents cherchent à leur transmettre est présenté comme suspect, dépassé, voire toxique. Cette perversion subtile (mais parfois brutale aussi) crée chez l’enfant un conflit de loyauté intérieur, une dissociation entre ce qu’il vit chez lui et ce qu’on lui inculque à l’école (notions que je développerai dans un autre fil).
À mesure qu’ils grandissent, les enfants sont extraits de leur histoire. Plus aucun savoir n’est connecté au vécu, au sensible ou au sacré, le récit national a disparu, les mythes fondateurs ont été supprimés des programmes, ainsi que de nombreux repères culturels.
Il ne reste alors plus qu’un champ désincarné d’informations à ingérer, d’examens à réussir, de compétences à cocher (et encore… quand tout ne leur est pas accordé sans effort au nom de l’égalitarisme).
Et celui qui ne s’y adapte pas est médicalisé.
Un enfant qui ne comprend plus ce qu’il fait là est suspecté de troubles divers, tandis qu'un adolescent qui exprime sa fatigue existentielle, sa perte d’envie ou son mal-être profond est dirigé vers un psy scolaire ou mis dans la case « anxiété généralisée ».
Or ces expressions ne sont pas nécessairement des pathologies mais les symptômes d’un monde qui a cessé de transmettre des racines pr ne livrer que des protocoles désincarnés.
Je reprends ici ce que j’ai déjà dit par ailleurs mais qui à mon sens est extrêmement important : la souffrance psychique des jeunes n’est pas uniquement psychologique : elle est ontologique et civilisationnelle, signe d’un imaginaire mort, d’une mémoire rompue et de liens cassés.
En pathologisant le mal-être scolaire, on évacue la responsabilité du système éducatif dans l’effondrement organisé des liens et l'on transforme des appels existentiels en troubles à réguler, ce qui est une manière de gouverner les subjectivités : faire passer pour individuelles des souffrances qui relèvent d’un déracinement collectif, fruit d'un système profondément malade et pervers.
Foucault l’avait déjà montré : l’institution normalise. Et plus elle devient aveugle à la vie intérieure, plus elle aura besoin de désigner comme « inadaptés » ceux qui refusent de s’y plier.
Or, l’enfant n’est pas une mécanique à optimiser, mais un être en développement en besoin fondamental de repères et de sens ; et ce que l’on appelle « trouble scolaire » est souvent la réaction saine d’un enfant à un système qui le nie en contredisant ce qu’il a reçu de plus vital, à savoir des liens et des valeurs.
« L’enfant ne grandit pas dans un vide, mais au sein d’un réseau de valeurs et de significations qu’il doit intégrer pour construire son identité. »
— Jean Piaget, La construction du réel chez l’enfant
Liens du thread :
https://threadreaderapp.com/thread/1936398405577675227.html
ou
https://x.com/ailensile/status/1936398405577675227
Comprendre les troubles scolaires comme expressions d’une désorientation ontologique, non comme dysfonctionnements individuels.
Je constate qu’aujourd’hui, toute souffrance vécue par un enfant ou un adolescent dans le cadre scolaire est immédiatement interprétée comme un dysfonctionnement. Un enfant qui ne tient pas en place devient « hyperactif », un adolescent qui s’ennuie profondément est dit « démotivé » ou « en phobie scolaire », et un jeune qui conteste l’absurdité ou le non-sens de ce qu’on lui enseigne est suspecté de trouble oppositionnel. Or, on ne voit pas (ou on refuse de voir) que bien souvent, ces malaises sont des appels au sens, au lien (et à l’enracinement). L’école, fidèle au dogme qui impose l’effacement de ces dimensions, a délibérément abandonné sa vocation de transmission vivante pour devenir une fabrique d’oubli — pour reprendre et détourner ici l’expression de Jean-Paul Brighelli dans son livre La fabrique du crétin.
L’école déconstruit désormais activement ce que de nombreuses familles cherchent à transmettre. Dès la maternelle, on installe les enfants dans un univers idéologique où les repères familiaux, culturels et spirituels sont discrédités. On leur apprend ainsi à avoir honte de leur histoire, à se méfier de leur héritage, à questionner l’autorité parentale sous couvert d’« esprit critique », faisant de l’école un lieu de rupture avec la parole des parents, les appartenances locales et les valeurs fondatrices.
En contredisant le travail des familles, en inversant les repères moraux, en bouleversant les identités sexuées, en dépréciant la verticalité de l’autorité, en remplaçant les vérités incarnées par des opinions interchangeables, l’école est devenue un lieu de subversion. Les programmes inoculent dans l’esprit des plus jeunes une confusion profonde : ce que leurs parents cherchent à leur transmettre est présenté comme suspect, dépassé, voire toxique. Cette perversion subtile (mais parfois brutale aussi) crée chez l’enfant un conflit de loyauté intérieur, une dissociation entre ce qu’il vit chez lui et ce qu’on lui inculque à l’école (notions que je développerai dans un autre fil).
À mesure qu’ils grandissent, les enfants sont extraits de leur histoire. Plus aucun savoir n’est connecté au vécu, au sensible ou au sacré, le récit national a disparu, les mythes fondateurs ont été supprimés des programmes, ainsi que de nombreux repères culturels.
Il ne reste alors plus qu’un champ désincarné d’informations à ingérer, d’examens à réussir, de compétences à cocher (et encore… quand tout ne leur est pas accordé sans effort au nom de l’égalitarisme).
Et celui qui ne s’y adapte pas est médicalisé.
Un enfant qui ne comprend plus ce qu’il fait là est suspecté de troubles divers, tandis qu'un adolescent qui exprime sa fatigue existentielle, sa perte d’envie ou son mal-être profond est dirigé vers un psy scolaire ou mis dans la case « anxiété généralisée ».
Or ces expressions ne sont pas nécessairement des pathologies mais les symptômes d’un monde qui a cessé de transmettre des racines pr ne livrer que des protocoles désincarnés.
Je reprends ici ce que j’ai déjà dit par ailleurs mais qui à mon sens est extrêmement important : la souffrance psychique des jeunes n’est pas uniquement psychologique : elle est ontologique et civilisationnelle, signe d’un imaginaire mort, d’une mémoire rompue et de liens cassés.
En pathologisant le mal-être scolaire, on évacue la responsabilité du système éducatif dans l’effondrement organisé des liens et l'on transforme des appels existentiels en troubles à réguler, ce qui est une manière de gouverner les subjectivités : faire passer pour individuelles des souffrances qui relèvent d’un déracinement collectif, fruit d'un système profondément malade et pervers.
Foucault l’avait déjà montré : l’institution normalise. Et plus elle devient aveugle à la vie intérieure, plus elle aura besoin de désigner comme « inadaptés » ceux qui refusent de s’y plier.
Or, l’enfant n’est pas une mécanique à optimiser, mais un être en développement en besoin fondamental de repères et de sens ; et ce que l’on appelle « trouble scolaire » est souvent la réaction saine d’un enfant à un système qui le nie en contredisant ce qu’il a reçu de plus vital, à savoir des liens et des valeurs.
« L’enfant ne grandit pas dans un vide, mais au sein d’un réseau de valeurs et de significations qu’il doit intégrer pour construire son identité. »
— Jean Piaget, La construction du réel chez l’enfant
Liens du thread :
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. Enfants déséduqués : anatomie d’un déracinement programmé
Comprendre les troubles scolaires comme expressions d’une désorientation ontologique, non comme dysfonctionnements individuels.
Je constate qu’aujourd’hui, toute souffrance vécue par un enfant ou un adolescent dans le cadre scolaire est immédiatement interprétée comme un dysfonctionnement. Un enfant qui ne tient pas en place devient « hyperactif », un adolescent qui s’ennuie profondément est dit « démotivé » ou « en phobie scolaire », et un jeune qui conteste l’absurdité ou le non-sens de ce qu’on lui enseigne est suspecté de trouble oppositionnel. Or, on ne voit pas (ou on refuse de voir) que bien souvent, ces malaises sont des appels au sens, au lien (et à l’enracinement). L’école, fidèle au dogme qui impose l’effacement de ces dimensions, a délibérément abandonné sa vocation de transmission vivante pour devenir une fabrique d’oubli — pour reprendre et détourner ici l’expression de Jean-Paul Brighelli dans son livre La fabrique du crétin.
L’école déconstruit désormais activement ce que de nombreuses familles cherchent à transmettre. Dès la maternelle, on installe les enfants dans un univers idéologique où les repères familiaux, culturels et spirituels sont discrédités. On leur apprend ainsi à avoir honte de leur histoire, à se méfier de leur héritage, à questionner l’autorité parentale sous couvert d’« esprit critique », faisant de l’école un lieu de rupture avec la parole des parents, les appartenances locales et les valeurs fondatrices.
En contredisant le travail des familles, en inversant les repères moraux, en bouleversant les identités sexuées, en dépréciant la verticalité de l’autorité, en remplaçant les vérités incarnées par des opinions interchangeables, l’école est devenue un lieu de subversion. Les programmes inoculent dans l’esprit des plus jeunes une confusion profonde : ce que leurs parents cherchent à leur transmettre est présenté comme suspect, dépassé, voire toxique. Cette perversion subtile (mais parfois brutale aussi) crée chez l’enfant un conflit de loyauté intérieur, une dissociation entre ce qu’il vit chez lui et ce qu’on lui inculque à l’école (notions que je développerai dans un autre fil).
À mesure qu’ils grandissent, les enfants sont extraits de leur histoire. Plus aucun savoir n’est connecté au vécu, au sensible ou au sacré, le récit national a disparu, les mythes fondateurs ont été supprimés des programmes, ainsi que de nombreux repères culturels.
Il ne reste alors plus qu’un champ désincarné d’informations à ingérer, d’examens à réussir, de compétences à cocher (et encore… quand tout ne leur est pas accordé sans effort au nom de l’égalitarisme).
Et celui qui ne s’y adapte pas est médicalisé.
Un enfant qui ne comprend plus ce qu’il fait là est suspecté de troubles divers, tandis qu'un adolescent qui exprime sa fatigue existentielle, sa perte d’envie ou son mal-être profond est dirigé vers un psy scolaire ou mis dans la case « anxiété généralisée ».
Or ces expressions ne sont pas nécessairement des pathologies mais les symptômes d’un monde qui a cessé de transmettre des racines pr ne livrer que des protocoles désincarnés.
Je reprends ici ce que j’ai déjà dit par ailleurs mais qui à mon sens est extrêmement important : la souffrance psychique des jeunes n’est pas uniquement psychologique : elle est ontologique et civilisationnelle, signe d’un imaginaire mort, d’une mémoire rompue et de liens cassés.
En pathologisant le mal-être scolaire, on évacue la responsabilité du système éducatif dans l’effondrement organisé des liens et l'on transforme des appels existentiels en troubles à réguler, ce qui est une manière de gouverner les subjectivités : faire passer pour individuelles des souffrances qui relèvent d’un déracinement collectif, fruit d'un système profondément malade et pervers.
Foucault l’avait déjà montré : l’institution normalise. Et plus elle devient aveugle à la vie intérieure, plus elle aura besoin de désigner comme « inadaptés » ceux qui refusent de s’y plier.
Or, l’enfant n’est pas une mécanique à optimiser, mais un être en développement en besoin fondamental de repères et de sens ; et ce que l’on appelle « trouble scolaire » est souvent la réaction saine d’un enfant à un système qui le nie en contredisant ce qu’il a reçu de plus vital, à savoir des liens et des valeurs.
« L’enfant ne grandit pas dans un vide, mais au sein d’un réseau de valeurs et de significations qu’il doit intégrer pour construire son identité. »
— Jean Piaget, La construction du réel chez l’enfant
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